DR 03.08.2010 - Les grands défis du football africain Le 30 juillet 2010, s’est tenue à Marseille dans les locaux du cabinet d’avocats Brun une conférence de presse pour la sortie de l’ouvrage « Les grands défis du football africain – les dessous d’un système ». A l’occasion de la présentation de cet ouvrage dirigé par Abdoulaye Sakho, Professeur agrégé des facultés de droit (Université Cheikh Anta Diop de Dakar), et Moustapha Kamara, docteur en droit et avocat du cabinet Brun au barreau de Marseille, les discussions entre les participants ont porté sur les grandes problématiques actuelles du football africain : les transferts de joueurs mineurs, la fraude sur l’âge, les agents sportifs, les binationaux, la justice sportive, la gouvernance... Quelques semaines après la Coupe du Monde de football en Afrique du sud, la sortie de l’ouvrage du Professeur Abdoulaye Sakho et de Moustapha Kamara permet de dresser un premier bilan… positif, car l’Afrique du Sud, premier pays africain organisateur, a fait la démonstration que le continent africain peut être en mesure de répondre aux défis posés par l’organisation d’une manifestation sportive internationale majeure (infrastructures, accueil, sécurité, transports…). Mais, cela étant dit, les auteurs soulignent aussitôt les grands défis qui attendent dès aujourd’hui le football africain qui, malgré l’immense potentialité de talents que regorge le continent noir, ne progressera que si ses dirigeants s’adaptent à la mondialisation du sport.
L’Afrique a besoin de ses joueurs binationaux
Comme le souligne l’ouvrage, depuis plusieurs années, on assiste au développement du phénomène des binationaux dans les sélections africaines, c’est-à-dire le cas de joueurs autorisés à évoluer au sein d’une sélection différente de leur pays de naissance. Le Professeur Sakho estime que cette situation constitue une opportunité pour les sélections africaines, tout en reconnaissant, pour rejoindre sur ce point le Consul général du Sénégal à Marseille, M. Moukhtar Kouyate, qu’elle pose la question du degré d’implication des jeunes binationaux dans les sélections nationales dans la mesure où ils ne parlent ni les langues locales, ni ne saisissent les codes socioculturels. Pour les auteurs du livre, la difficulté est, certes, présente mais pas insurmontable. Elle reste avant tout une formidable opportunité pour les sélections nationales africaines de disposer d’une « main d’œuvre qualifiée ».
Le sport africain reste sous l’emprise des Etats
En tant qu’activité du service public, le sport se situe dans le champ d’intervention de la sphère étatique. Par conséquent, même organisé par les fédérations sportives, organismes de droit privé, le sport fait l’objet d’un contrôle étatique qui s’effectue au travers de techniques juridiques qui se retrouvent en droit français, comme la délégation de pouvoir, la tutelle ou l’agrément. Mais si traditionnellement chaque Etat européen cultive, à sa façon, des relations avec les instances sportives nationales, celles-ci sont incontestablement plus étroites en Afrique en raison notamment de la dépendance financière beaucoup plus forte des fédérations sportives africaines vis-à-vis du pouvoir politique et de la pratique très répandue de la cooptation qui consiste à désigner des membres d’une association par une voie autre que l’élection. Même si les règlements de la FIFA récusent la cooptation externe, ce système se retrouve dans nombre de pays africains, ce qui aboutit dans bien des cas à une cogestion du sport entre les instances sportives et l’Etat.
Mais la question de la gouvernance du sport ne se limite pas aux strictes relations entre les instances sportives et l’Etat. Elle se pose également au niveau de l’articulation entre les règles nationales et internationales et, par voie de conséquence, au niveau de la justice sportive applicable.
La fraude sur l’âge des joueurs : le cancer du football africain
Dans le cadre de son brillant exposé Moustapha Kamara est revenu en particulier sur les problèmes liés aux transferts des joueurs africains. En effet, face au nombre important de jeunes joueurs qui ambitionnent d’évoluer dans les clubs étrangers, beaucoup de transferts sont souvent réalisés dans la plus grande illégalité, comme le rappelle l’avocat sénégalais, également auteur d’une thèse sur les opérations de transfert des footballeurs professionnels. C’est actuellement le règne des filières informelles, fruit des relations qui se sont tissées entre des centres de formations et des agents sportifs, en dehors de tout cadre réglementaire.
Le rêve de beaucoup d’africains de devenir footballeur professionnel pousse le système dans ses excès et révèle ses incohérences. Pour s’en convaincre, il suffit juste de s’intéresser au problème du transfert des mineurs. Bien qu’il soit interdit par la réglementation FIFA, sauf cas de figure bien particuliers, la course aux jeunes talents se fait de plus en plus rude entre les clubs européens qui viennent alors puiser dans les centres de formation africains. On se retrouve alors dans des montages de plus en plus complexe débouchant finalement trop souvent sur le drame humain du jeune africain amené en Europe pour devenir footballeur professionnel et qui se retrouve à errer dans les rues d’une ville. Mais le problème des transfert est aussi lié à celui de la fraude sur l’âge des joueurs africains. Lorsqu’on sait que le montant des transferts se calcule en fonction du talent et de l’âge du joueur, on comprend que les premiers gagnants d’une telle fraude sont les clubs et les agents. Un problème qui en appelle un autre, celui des agents de joueurs. Moustapha Kamara s’interroge aussi sur l’absence d’agents africains dans les grands transferts de footballeurs.
Quelle justice pour le football africain ?
Malgré l’existence de ces problèmes, des réglementations et des jurisprudences importantes ont permis néanmoins d’aller dans le sens de la protection et du recrutement des footballeurs africains, par exemple les arrêts Bosman et Malaja (dont l’avocat, Michel Pautot, présent à la conférence de presse, a apporté sa contribution à l’ouvrage). Mais pour les auteurs de l’ouvrage, une justice pour le football africain reste à bâtir. Et les chantiers restent nombreux : l’avènement d’un bureau décentralisé du Tribunal arbitral du sport (TAS) en Afrique, des arbitres africains plus souvent choisis dans les affaires soumises au TAS, l’élaboration d’accords et négociations collectifs, la sensibilisation des juges à la spécificité sportive… ♦
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